Il faut prendre le temps de se souvenir de ces visages et honorer leur mémoire. Mais il faut dans le même temps s’imaginer le carnage qui s’est déroulé et comprendre pourquoi ces islamistes ont décidé de le réaliser. Pour cela, il faut lire les témoignages des victimes lors du procès.

Nous sommes en guerre. En tout cas, on nous a déclaré la guerre. Il faut la mener, sans faiblesse et sans pitié. Il en va de la vie de nos femmes, de nos enfants et petit-enfants. Nous ne devons plus subir. Il faut réagir : plus jamais ça ! Le président Macron avait dit que nous devions « nous habituer à vivre avec le terrorisme ». Jamais !

Je voulais dire que non seulement j’ai eu de la chance dans la prise d’assaut, mais j’en ai aussi eu car j’ai peu baigné dans le sang des victimes. À l’inverse des spectateurs de la fosse, je n’y ai pas baigné du tout. En revanche, j’ai eu beaucoup de plaisir à baigner dans les restes et les tripes des terroristes, de voir leurs corps disloqués.

Arnaud

«L’un avait l’air comme possédé. De temps en temps, il visait dans la fosse.» Là, retentit l’explosion du gilet de Samy Amimour: «c’était comme de la neige. On a compris en les voyant s’exciter qu’il s’agissait du troisième terroriste.»

«Depuis longtemps, les larmes de tristesse ont déserté mes yeux. Elles ont cédé la place à des larmes amères de colère et de frustration. Mais comme chaque humain, j’ai appris. (…) J’ai également appris à accepter la douleur et le deuil de la fin de l’insouciance»

« Je préfère mourir debout et qu’ils me tirent dans le dos plutôt qu’allongée et qu’ils me tirent une balle dans la tête. Donc je me suis levée. » À ce moment-là, quelqu’un crie à la foule de fuir : « On se lève go go go ! On se casse ! » Avec ses amis, elle emprunte une simple porte à droite de la scène, qui donne sur un escalier qui monte dans les loges : « On a refermé cette porte qui nous a apporté un sentiment de sécurité. (…) On a refermé la porte et on a essayé de la bloquer avec une planche à repasser, que j’ai trouvée vaine. Je me souviens m’être dit : On va se protéger avec une planche à repasser contre trois terroristes en kalachnikov »

« Lorsque les pétarades ont commencé, j’ai vu une silhouette en ombre chinoise d’un homme qui tenait une arme », dit-il en emmenant la cour d’assises dans la fosse du Bataclan. « J’ai senti une brûlure qui me traversait le corps. En tombant, j’ai croisé un regard, le dernier de la soirée, celui d’un homme jeune, barbu. » Hans est blessé. Mais il remarque « la quantité de sang » : « Je ne comprenais pas comment il pouvait y avoir autant de sang aussi rapidement. » Le quadragénaire s’effondre sur une femme : « J’ai compris après qu’elle était morte, je l’ai compris à son immobilité. Il ne fallait pas que je bouge, mais je commençais à avoir des douleurs qui m’irradiaient. Je sentais que le sang coulait quelque part. » Alors Hans se serre contre la dépouille de cette victime : « Je ressentais le besoin de me comprimer contre le corps de cette femme. Pour atténuer la douleur, mais aussi pour empêcher le sang de couler. »

Hans

« Ceux qui nous ont attaqués, j’ai pas vu leur visage, j’ai vu leurs yeux, leurs regards, c’était que de la haine. C’est que de la haine qu’ils nous ont transmise. » Plus tard, elle explique qu’elle en veut à Samy Amimour, le terroriste qui s’est fait exploser sur la scène : « On a reçu des morceaux de chair sur nous mais j’ai cru que c’était le plafond. » Elle dit que des morceaux sont restés coincés dans les lacets de ses chaussures : « Je l’ai transporté avec moi chez des amis, auprès de mon mari quand il s’est réveillé. Je l’ai transporté chez moi.

Béatrice

« J’ai tiré mon mari pour qu’il s’accroupisse et j’ai vu une balle lui traverser le bras. J’ai senti son sang couler sur ma jambe et j’ai complètement paniqué. » La tuerie continue… « On s’est recroquevillés l’un contre l’autre (…) Je lui ai mis une main sur le crâne car je savais qu’ils allaient arriver et je voulais bêtement le protéger (…) J’ai fermé les yeux, j’ai surtout entendu. »

béatrice