Les soutiens et militants de Valérie Pécresse ont deux arguments à la bouche pour tenter de retenir les sympathisants de droite : elle seule peut battre Macron et elle fera mieux que lui. Ils cherchent à éviter la confrontation des projets de droite pour emmener les Français dans un soi-disant vote utile dès le premier tour. Ces arguments sont improbables ! Les sondages sont encore très ouverts à plusieurs mois de l’élection car Macron n’est pas encore descendu dans l’arène. Il est artificiellement haut et rien ne peut laisser penser qu’il restera à de tels niveaux de sondage une fois en campagne. Quant à savoir si elle fera mieux que lui, il faudrait d’abord que nous comprenions ce qu’elle promet de faire et avoir une grande confiance dans sa volonté de réellement faire ce qu’elle promet. De nombreux sympathisants de droite s’étaient enflammés pour Sarkozy en 2007. Il avait promis le karcher et nous avons eu Kouchner, selon l’expression de Zemmour, générant une immense perte de confiance dans l’UMP que seul Fillon avait brièvement restaurée. Que penser donc de Valérie Pécresse ?

Son bilan « technique »

Il s’agit à l’évidence d’une femme très douée et de grande expérience politique. Elle est diplômée des prestigieuses écoles HEC et l’ENA. Après de nombreuses années en tant que conseillère régionale, elle occupa les postes de Ministre du budget (10 mois seulement), Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (4 ans), Députée (3 ans), et enfin Présidente de la plus grande région de France depuis 6 ans. Nul ne peut remettre en cause son intelligence, son expérience de terrain et sa capacité à diriger des grandes administrations. C’est une excellente gestionnaire avec une vraie volonté de réforme et de travail en équipe.

En tant que Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, elle aura profondément réformé l’université pour lui permettre de gagner en autonomie et ainsi faire face aux enjeux d’innovation, d’agilité et d’attractivité dans un monde de plus en plus ouvert. La loi LRU (autonomie des universités), l’opération Campus pour moderniser les infrastructures, notamment de vie étudiante et sportive pour les mettre aux standards internationaux et son action pour mobiliser des investissements d’avenir dans le cadre du grand emprunt Sarkozy sont des réformes et actions majeures à son bilan. Le Sénat avait dressé un bilan positif de sa réforme LRU.

En 2015, sa campagne régionale fut un grand succès. Elle a certes réalisé un rassemblement « à la Merkel » avec des équipes de multiples origines politiques dont le Modem, mais elle a permis de mettre fin à 17 ans de présidence socialiste sous le système Huchon. Il faut lui être reconnaissant pour ce ménage salutaire. En 2021, le bilan de Valérie Pécresse au cours de son premier mandat était jugé positif par 68% des Franciliens (sondage Ifop-Fiducial).

De fait, grâce à des économies réalisées sur le bilan de fonctionnement, elle a pu mener de larges investissements au service des citoyens : 2.1 milliards d’économie depuis 2015, notamment via le déménagement du siège de la Région, la réduction du nombre de fonctionnaires, la baisse du budget achats. Bravo.

Ces économies lui ont permis d’investir dans trois domaines :

Les transports : 900 nouvelles lignes de bus, doublement des fréquences du Noctilien, 650 trains et RER neufs et rénovés, 1 000 bus plus modernes et roulant au gaz naturel de ville, 700 km supplémentaires de pistes cyclables, gel du prix du passe Navigo.

Les lycées : création de 21 000 nouvelles places, équipement en WiFi de 100 % des établissements et augmentation du budget par lycéen de 1 644 à 2 398 euros par an.

La sécurité (qui reste du domaine de l’Etat) : 150 millions d’euros d’investissement pour améliorer la vidéoprotection dans les transports, financement des équipements de 300 polices municipales, rénovation de 82 commissariats et casernes.

De ce bilan, elle mérite donc son titre auto-revendiqué de «Dame de Faire». Elle a autour d’elle des équipes travailleuses et dynamiques avec des personnalités comme Alexandra Dublanche, Florence Portelli, Othman Nasrou qui font un travail remarquable dans leurs domaines respectifs.

Ses débuts de campagne

Mais ce bilan technique positif est-il suffisant pour créer une dynamique de campagne ? Probablement pas à voir les résultats de sa campagne pour le congrès et ses premiers pas en tant que candidate pour la présidence. Sa campagne n’a pas de souffle populaire.

Le « système » LR est un vaste ensemble brinquebalant où cohabite le meilleur comme le pire. Elle l’avait quitté parce que trop à droite selon elle au temps de Laurent Wauquiez puis rejoint à nouveau pour obtenir la bénédiction du congrès et son financement. Elle accepte de fait de manoeuvrer dans ce marigot.

Cette triste opération du « congrès » avec seulement 114.000 votants (à peine plus que la primaire EELV) a amené 4 participants à obtenir des scores très comparables, ce qui n’a pas permis de dégager une ligne idéologique claire. D’ailleurs Valérie Pécresse n’est pas arrivée en tête au premier tour. Une logique de consensus prend donc place, similaire à celle du parti socialiste où François Hollande excellait. Quel peut bien être le plus petit dénominateur commun entre une Valérie Pécresse, un Xavier Bertrand et un Eric Ciotti ? Aucun !

Dès lors, puisque aucune ligne claire existe, les communications ne paraissent pas sincères et donnent lieu à des incohérences majeures comme sur le laissez-passer vaccinal avec une division 50/50 entre ceux qui ont voté pour et contre. Ce sujet touche pourtant aux libertés fondamentales. S’il n’est pas l’objet d’un vote homogène, c’est que les divergences idéologiques sont profondes.

On retrouve dans le programme de Valérie Pécresse beaucoup de réchauffé du programme de François Fillon. Comment la croire sincère à le défendre alors qu’elle avait soutenu Alain Juppé contre François Fillon sur la base de ce même programme ?

Sur le terrain, on assiste à une diaspora massive des militants vers le nouveau parti Reconquête d’Eric Zemmour. Le départ des conservateurs (anciennement Sens Commun) assèche aussi les forces militantes dans de nombreux comités locaux. Compte tenu des reproches qui avaient été faits à ce mouvement après la défaite de 2017, comment s’étonner de ce départ avec armes et bagages ?

Si Valérie Pécresse a bénéficié d’une brève dynamique après sa victoire au congrès, on assiste désormais à un tassement important des intentions de vote. Si Eric Zemmour n’était pas candidat et ne prenait pas autant de voix au RN, elle n’aurait clairement aucune chance d’accéder au second tour ! Ses intentions de vote actuelles sont en trompe l’œil ; sa campagne n’a pas de souffle et les incohérences de ces multiples porte-paroles ne peuvent que se multiplier avec le temps et les tensions croissantes.

Mais son écueil principal est probablement lié aux doutes sur ses propres convictions.

Quelles sont les convictions de Valérie Pécresse ?

Qui sait quelle est la colonne vertébrale idéologique de Valérie Pécresse ? Quels sont ses convictions profondes sur l’identité française ? Avec quelle force veut-elle mener la guerre contre l’islamisme, ce cancer qui détruit notre Nation ? Veut-elle réellement mettre fin à ces décennies de déconstruction qui fragilise notre société et l’expose d’autant plus à l’islamisme qui se nourrit aussi de nos repentances.

Aucun de ses missions d’élue n’a permis de la découvrir sur ces questions pourtant essentielles. Son bilan de ministre et présidente de région est positif sur les aspects budgétaires et techniques, mais elle ne s’est jamais exposée sur ces aspects d’ordre idéologique.

Si la recherche d’alliances au centre pour gagner la région IDF en 2015 se comprenait parfaitement, sa stratégie pour conserver la région en 2020 est révélatrice d’un macron-recentrage inquiétant : sur sa liste, moins de conservateurs, plus de centristes par le soutien du Modem, d’Agir, de l’UDI et du Mouvement Radical !

Serait-elle désormais vraiment de droite comme elle veut le faire croire ? Le fait qu’elle suive Eric Zemmour quasiment pas à pas sur ses initiatives ne peut que renforcer le doute. Eric Zemmour va en Arménie ; Valérie Pécresse va en Arménie. Eric Zemmour rend visite aux Armées pour Noël ; Valérie Pécresse rend visite aux policiers pour Noël. Eric Zemmour réagit à la suppression du drapeau français sous l’arc de triomphe ; Valérie Pécresse réagit à la suppression du drapeau français sous l’arc de triomphe.

Elle utilise également d’autres astuces pour tenter de se crédibiliser sur les aspects de sécurité. Elle affirmait le 3 janvier sur RTL : « Jacques Chirac avait son Charles Pasqua. Aujourd’hui, j’ai mon Éric Ciotti. » Trois jours plus tard elle affirme vouloir « ressortir le Kärcher de la cave » en référence à la promesse de Sarkozy en 2007, et dont l’absence de mise en place avait déçu tant de sympathisants de droite. Qui peut croire ses promesses de fermeté alors que tant de preuves de laxisme existe une fois l’UMP/LR au pouvoir ? Comment expliquer ce revirement de pensée entre le moment où elle quitte le parti dirigé par Laurent Wauquiez parce que trop à droite et maintenant où Eric Ciotti serait devenu un atout, une caution ?

Si Valérie Pécresse était issue du courant souverainiste, elle pourrait paraître crédible. Mais elle a soutenu Juppé et se revendique une filiation avec Chirac qui a largement trahi la droite. Ce courant chiraquien a tellement trahi la droite, et sa porosité avec la gauche est tellement forte, qu’une bonne partie est déjà avec Macron : Edouard Philippe, Bruno Le Maire, Gilles Boyer, Thierry Solère, Jean-Paul Delevoye, François Bayrou, Amélie de Montchalin, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu, Franck Riester pour ne citer qu’eux.

Par ailleurs, il y a deux combats essentiels et pour lesquels on ne sent pas une volonté farouche de les gagner. Il ne s’agit pas simplement d’une forme de modération dans les termes. Il y a de multiples indicateurs pour montrer qu’elle n’en fait pas des priorités absolues : le combat contre l’islamisme et la déconstruction des fondamentaux de notre société.

Concernant l’islam, elle déclarait en 2019 « L’islam est une religion française ». Nadine Moreno lui répondait à juste titre « Elle se trompe, l’islam est une religion importée ». De fait, si elle assure vouloir lutter contre le terrorisme et réduire l’insécurité (des conséquences), elle n’a aucun discours fort sur les causes profondes de ces symptômes : l’islam politique et l’immigration.

Il est souvent reproché aux élus de gauche de pratiquer l’islamo-gauchisme. Or le clientélisme n’est absolument pas l’apanage de la gauche. Il existe des élus de droite, soutenant Valérie Pécresse, qui pratiquent aussi le clientélisme. Il existe plusieurs enquêtes concernant ces soupçons de clientélisme pratiqué par certains élus de droite :

« Dans les Yvelines, vote communautaire et « abandon de l’État » » de Marianne ou « Dans les Yvelines, le clientélisme au quotidien » du Monde diplomatique au sujet de Pierre Bédier. Condamné en 2009 pour corruption passive, il cumule actuellement les fonctions de président du département des Yvelines et de président LR pour ce même département. Même cette élection interne au parti LR avait fait l’objet de soupçons de fraude comme le dénonçait le Canard Enchaîné. Valérie Pécresse n’a jamais été une proche de Pierre Bedier, mais ces diverses tendances cohabitent au sein de ce grand système LR, sous le regard de Gérard Larcher.

Jean-Christophe Lagarde, UDI : une grande enquête de la journaliste Eve Szeftel, journaliste AFP en Seine Saint Denis, dans un livre intitulé « Le Maire et les barbares » (Albin Michel) dénonce le clientélisme de cet élu en Seine-Saint-Denis. Elle en parle dans cet article du Figaro : « Ève Szeftel: En banlieue, le communautarisme et le clientélisme progressent à une vitesse folle ».

Autre exemple de clientélisme LR en Seine-Saint-Denis : Pierre Beschizza à Aulnay-Sous-Bois. « Aulnay-sous-Bois, la ville qui cultive le clientélisme » dans Capital ou « À Aulnay-sous-Bois, une école musulmane hors contrat très soutenue par le maire LR Bruno Beschizza » dans Marianne

Les pratiques de clientélisme sont insupportables et se font souvent avec les deniers publics et des faveurs liés aux mandats des élus. Non seulement Valérie Pécresse ne dénonce pas fermement ces pratiques et ne fait pas faire le ménage au sein de son parti, mais elle les cautionne d’une certaine manière quand elle sollicite explicitement le soutien de l’UDI et Jean-Christophe Lagarde.

Par ailleurs en 2010, elle signait « L’Appel pour une République multiculturelle et postraciale » de Lilian Thuram, François Durpaire, Rokhaya Diallo, Marc Cheb Sun et Pascal Blanchard qui promeut le multiculturalisme et appelle à promouvoir les « minorités ethniques » sur le modèle américain et à faire émerger les « mémoires plurielles » à partir d’un nouveau récit national pour son passé colonial et esclavagiste.

Que Valérie ne soit pas une identitaire est totalement conforme à sa ligne centriste. Mais son silence sur les sujets du wokisme ou de la culture de l’effacement révèlent un manque de conviction flagrant. Des personnalités ou journalistes de gauche comme Michel Onfray ou Brice Couturier en ont compris les dangers majeurs et appellent tous les hommes politiques à en faire un pilier de leurs actions.

Comment une candidate qui se revendique de droite, sensée défendre encore plus que la gauche les socles traditionnels de notre société, peut-elle ne pas faire de ces défis un combat majeur de sa campagne, à l’instar d’Eric Zemmour ?

Conclusion: « Dame de Faire » plus que « Dame de Fer »

En conclusion, force est de constater les doutes majeurs sur la candidature de Valérie Pécresse concernant les questions existentielles qui traversent le peuple français. Si elle est crédible sur les sujets techniques, elle ne démontre pas le courage nécessaire pour mener la guerre contre le double cancer de l’islamisme et du wokisme. Etre Président est très différent d’être Premier Ministre. Pour guider, diriger le pays, il faut comprendre et habiter son Histoire, les angoisses de son peuple, ses motivations et aspirations profondes. L’élection présidentielle est la rencontre entre un homme et les Français, pas entre un technocrate, aussi doué soit-il, et une communauté d’élus.

C’est certainement ce qui explique le départ massif de sympathisants, militants et désormais dirigeants LR vers le parti d’Eric Zemmour, qui se définit lui-même comme le candidat du RPR. Valérie Pécresse prétend représenter la droite et le centre. Pour l’instant, elle représente le centre. Si elle peut être la « Dame de Faire » (son « 2/3 Merkel ») tous les doutes restent sur sa capacité à être la « Dame de Fer » (son prétendu « 1/3 Thatcher »).